DANS MA PRATIQUE DE SUPERVISEUR, SI J’ÉTAIS …

Dans ma pratique de superviseur, si j’étais…

Par Eveline Forlot

 

Une plante…et un lieu

J’emprunterais à la tradition africaine le concept d’arbre à palabres, un lieu de rassemblement à

l’ombre duquel les personnes s’expriment sur la vie sociale et les problèmes du village et où l’on

vient écouter des histoires contées par un ancien du village. L’arbre représentant le symbole de

la vie en perpétuelle évolution. J’y inviterai les coachs à échanger, partager, débattre, apprendre

entre professionnels, pour se régénérer dans une démarche d’amélioration continue.

 

Un jeu de carte…

J’utiliserais les Cartes de l’enfant intérieur (Isha et Marc Lerner) pour permettre aux coachs de

«faire  résonner les cordes de la mémoire émotionnelle »  de (re) nouer le dialogue avec  leur

enfant intérieur, de (re) connecter leurs ressources profondes et afin de gagner en  maturité et

développer leur force intérieure.

 

Une qualité :  l’humour

Pour construire aisément l’alliance avec le coach et faciliter le processus de changement.

Pour permettre au coach d’appréhender les situations avec recul et relativiser les difficultés

rencontrées.

Pour libérer les énergies créatrices et « oser » des options originales et ludiques

Hippocrate prescrivait à ses patients le rire afin de les guérir des maux du cœur et de l’esprit…

alors si nous devons un jour sourire de nos points faibles et de nos erreurs … pourquoi ne pas

commencer maintenant ?

 

Une épice…

Je saupoudrerai les séances de supervision de vanille pour y apporter de la douceur, de la

générosité et un esprit positif, du piment doux pour amener les coachs à sortir de leur zone de

confort, stimuler un questionnement pertinent, du safran pour aligner la dynamique tête, cœur,

corps, de la cannelle pour développer l’altruisme et la tolérance…

BIENVENUE DANS LA RÉALITÉ DU MONDE « VUCA »

 

Bienvenue dans la réalité du monde « VUCA » (1)

 

« MOVING & Being MOVED »

Coaching et supervision dans un monde en constante mutation

 

 

Du 21 au 25 août dernier s’est tenu à la Hogeschool Rotterdam(2), la 8 ème  édition de l’université

d’été de l’ANSE(3), organisée conjointement avec l’Association néerlandaise de supervision et de

coaching (LVSC).

 

Le thème interpelle les superviseurs et les coachs que nous sommes et nous invite à interagir

pendant 4 jours, dans la réalité d’un environnement « VUCA » (Volatile, Incertain, Complexe et

Ambigu).

D’un point de vue géopolitique, Il nous est désormais difficile de nier que nous évoluons dans un

monde en constante mutation, et de plus en plus en tension, avec comme corollaire la tentation

de repli qui se manifeste aussi bien chez les individus, dans les organisations, dans les sociétés

et aussi au niveau des nations.

Plus aucun paramètre n’est désormais lisible voire prévisible, alors un grand besoin de sécurité

se fait sentir. « Exemple : la tendance à la standardisation des organisations, la consolidation de

la culture néolibérale dominante actuelle, le renforcement des frontières extérieures, l’appel à la

préservation de l’identité à différents niveaux et l’expression ou la suppression des émotions

fortes… »

Ayant ce contexte à l’esprit, nous avons exploré les implications du champ de tension entre la

sécurité et la mobilité pour le coaching et la supervision au niveau individuel, collectif et

organisationnel.

 

4 conférenciers principaux et inspirants ont nourri nos échanges :

 

 Jitske Kramer, anthropologue hollandaise, partage sa vision sur le thème ainsi que

l’implication pour le professionnel accompagnant pour plus d’ouverture, de démocratie, de

coopération, d’agilité et de transparence.

Elle est l’auteur de ‘The CorporateTribe’ et Deep Democracy ‘.

 

 Adrienne Goehler, sociologue allemande, commente le thème de son point de vue

sociologique critique. En citant son confrère Hartmut ROSA(3), elle suggère que l’ANSE, dans

le cadre de sa mission, pourrait inciter les superviseurs à s’ouvrir à de nouvelles coopérations

permettant d’introduire des « stratégies de décélération » dans la sphère sociale. Une fois

exprimés, les moyens pour y parvenir restent à co-construire selon une démarche

multidisciplinaire. Idéalement, l’objectif serait d’apprendre à ralentir, prendre un temps de

pause, afin d’espérer sortir de la fuite en avant, dans une société où tout s’accélère, avec à

l’échelle individuelle et sociale, des conséquences telles que le stress, la dépression, le

burnout pour ne citer que celles-là.

 

 Hubert Hermans, hollandais, professeur émérite à l’Université de Radboud (Pays-Bas).

Dans son exposé : « Dialogical Self Theory : Our mind as a society of inner voices », il explore le

champ de tension entre sécurité et mobilité en s’adossant à la théorie du soi dialogique.

 

 

 Kaupo Saue, psychologue estonien, lors de son exposé : « What mouves teams towards

unlocking their potential » ? il partage ses connaissances liées au leadership et à la culture du

coaching, en référence avec le thème.

 

Plus de 20 ateliers internationaux : formels ou plus originaux, animés aussi bien par des

superviseurs de coachs, des coachs que par des conférenciers universitaires.

 

Plus de 130 professionnels originaires de 18 pays différents en Europe :

(Allemagne, Italie, Suisse, Norvège, Estonie, Lituanie, Ukraine…) pour n’en citer que quelques-

uns et dans le monde (Brésil) ont fait connaissance et ont travaillé ensemble.

Les échanges se sont déroulés aussi bien au cours de groupes informels (Homegroups) –

préalablement constitués par l’ANSE afin d’encourager et faciliter la rencontre de collègues

internationaux, le réseautage qu’au cours des pauses, des repas, des visites du port de

Rotterdam, de ses environs et des promenades à vélo, clin d’œil au moyen de mobilité très prisé

des Hollandais.

 

L’ANSE a également célébré ses 20 ans d’existence et a rappelé, au cours de réunions-bilans

tout au long des 4 jours, le chemin parcouru depuis ses débuts :

 

 Construction et développement d’une communauté internationale de professionnels

 Un objectif de professionnalisation toujours plus accrue et exigeante de professionnels, en

intégrant au mieux les défis culturel, linguistique etc.

 De nombreux projets menés à terme dont l’ECVision désormais traduit en 8 langues dont le

français.

 8 universités d’étés à son actif selon une périodicité d’une fois tous les deux ans.

 Une place essentielle donnée à la recherche en lien avec l’évolution des pratiques.

 Mise en place cet automne, d’un journal semestriel de l’ANSE dans un format digital (apports

théoriques et scientifiques, articles à propos de la pratique, des outils de supervision ainsi que

des retours d’expérience.

 Mise en place de plusieurs Groupes d’Intervision Internationaux (IIG).

 

La France participera en 2018 à son premier groupe de travail d’Intervision International au sein

de l’ANSE. Le thème choisi par le groupe est « Transition & Transformation ».

 

Les défis dans notre profession et nos métiers sont de plus en plus nombreux et se complexifient

aussi bien dans nos pratiques individuelles qu’au niveau géopolitique.

Moving & Being Moved, nous a invité à sortir de nos sentiers battus, à nous impliquer pour aller

à la rencontre de « l’autre » (collègues, publics accompagnés, partenaires etc.), avec curiosité,

dans le respect, la reconnaissance, la réciprocité et l’adaptabilité afin de co-créer de nouvelles

réponses adaptées aux défis d’un monde « VUCA » :

 

(Déclinaison de l’acronyme VUCA, selon Jean-Baptiste AUDRERIE)

 

 Volatilité  – Développer la vision

 Incertitude – Développer la compréhension

 Complexité – Développer la clarté

 Ambiguïté  – Développer l’agilité

 

Avec curiosité et dans la réciprocité, nous avons beaucoup à nous apporter de part et d’autre.

Si la langue de travail reste l’anglais au niveau européen, l’association de superviseurs Suisse

souhaite lier des liens professionnels avec PSF en français.

 

 

En tant qu’association de superviseurs, PSF est désormais reconnue par l’ANSE comme son

interlocuteur privilégié en France.

Nous en sommes honorés et invitons les superviseurs français qui le souhaitent à nous

rejoindre pour en savoir plus quant aux domaines d’activité dans lesquels interviennent déjà nos

collègues dans leur pratique et qui peuvent ouvrir en France de nouvelles opportunités pour eux.

Le développement de nos compétences, de nos champs d’activité, de nos relations avec nos

confrères internationaux passe par une collaboration étroite et fructueuse avec l’ANSE.

 

 

 

 

 Acronyme de : Volatile, Uncertain, Complex and Ambiguous (Volatile, Incertain, Complexe,

Ambigu)

 Université des Sciences appliquées de Rotterdam

 Association of National Organisations for Supervision and Coaching in Europe

 Hartmut ROSA : Sociologue et philosophe allemand

Accélération. Une critique sociale du temps (Beschleunigung. Die   Veränderung des

Zeitstrukturen in

der Moderne) d’Hartmut Rosa.

 

Article rédigé par Jeanne-Elvire ADOTEVI – PSF – Novembre 2017

 

CHALLENGER LA PRATIQUE DE LA SUPERVISION DU COACHING PAR L’INNOVATION ET L’AGILITÉ

Challenger la pratique de la Supervision du Coaching par l’innovation et l’agilité ?

 

7e conférence internationale sur la supervision des coachs

 

La 7 ème édition de la conférence internationale sur la supervision des coachs s’est déroulée le 13 mai 2017 à l’université d’Oxford Brookes, Headington Campus, Gipsy Lane en Angleterre.

PSF y est officiellement représentée pour la première fois depuis sa création en 2012.

Aux superviseurs de coachs venus des quatre coins du monde, pour la plupart des habitués, cette conférence internationale a permis de s’informer sur les résultats de recherches, d’échanger et partager de nombreuses idées et réflexions sur la pratique selon une démarche innovante et agile.

Comme nous l’explique la Prof. Tatiana BACHKIROVA, Co-Directrice du Centre International d’études sur la Supervision du Coaching, Fondatrice et organisatrice de cet évènement à l’université d’Oxford BROOKES, il s’agit de la première conférence internationale du genre dans sa catégorie et l’une des rares qui existent actuellement dans le monde.

Le thème choisi cette année exhorte les professionnels que nous sommes à challenger le champde la pratique de la Supervision du Coaching, hors de notre propre zone de confort – zone dite de complaisance potentielle…, sachant que la supervision peut se targuer de jouir d’une belle maturité dans ce lieu reconnu de la profession que représente aujourd’hui l’université d’Oxford Brooks.

L’objectif des organisateurs est d’explorer de nouvelles approches et de proposer des ateliers sur différentes manières de superviser les coachs qui intègrent des défis dans ces deux champs, même si ces processus s’appuient sur des outils que nous connaissons déjà comme les personnalités multiples et le dialogue intérieur (Prof. Tatiana BACHKIROVA), les Neurosciences, la complémentarité cerveau droit/cerveau gauche en Coaching et Supervision (Dr Henry Campion) etc…

Sont intervenus, deux conférenciers principaux, avec des exposés de très bonne teneur :

Ils ont présenté leur atelier en demi-journée lors de la pré-conférence du vendredi 12 mai 2017, avant d’intervenir le 13 mai afin de ponctuer les ateliers de la journée principale.

 Le professeur Guy CLAXTON : avec un atelier intitulé « The coach : directive, maieutic, addictive, or empowering ? » (1)

« Les coachs aident les ‘’apprenants’’ à aller là où ils veulent aller.

Le modèle d’apprentissage optimum dépend de manière cruciale de ce que sont le contexte, les objectifs et les ‘’apprenants’’ eux-mêmes.

Le coaching sportif, le coaching de vie, le type de « mind-coaching » qui a lieu dans les salles de formation et de conférences sont multiples et requièrent par conséquent différentes hypothèses et approches.

La non-directivité par exemple, n’est pas une des pierres angulaires du coaching ; c’est un outil de contingence qui peut être aussi bien mal appliqué, utilisé abusivement que bien utilisé ».

Sa présentation plaide en faveur d’une approche pragmatique plutôt qu’idéologique du coaching et de l’importance pour les superviseurs de coachs d’adopter cette posture.

 Dr Sue CONGRAM avec un atelier intitulé « How supervisors can draw on the rich layers of dynamic fields » (2)

« Les champs dynamiques se co-créés entre les personnes, peignant une mosaïque colorée de culture, d’histoire, d’émotions, de construction de sens et une compréhension facilitée de ce que nous voyons et entendons.

La supervision est un processus unique et privilégié dans l’arène professionnelle du coaching, offrant des opportunités d’exploration de la dynamique relationnelle de manières nouvelles et différentes ».

Dans son atelier, elle explique ce qu’est le champ dynamique, les champs de chevauchement superviseur-coach, coach-client, client-système et comment les superviseurs peuvent s’appuyer sur cette perspective pour enrichir leur pratique, ouvrant des voies de compréhension qui seraient autrement hors de notre portée.

Les ateliers étaient répartis selon 4 grandes catégories :

 Conceptuelles ou basées sur la recherche

– « Peer supervision – poor relation or strategic partner ? » Michele LUCAS & Carol WHITAKER

– « Supervising the competent self and the dialogic self of the coach » Professor Tatiana BACHKIROVA

– « Sustaining the balance : the right and left brain in coaching and supervision »

– Dr Henry CAMPION

– « Effective supervisory relationship » Dr Sue CLOHESSY & Dr Helen BEINART

– « Stretching ethical dilemmas » Dr Michel MORAL & Florence LAMY

– « A research study into supervision of team coaching » Dr Alison HODGE & Professor David CLUTTERBUCK (Sur la recherche dans le domaine de la supervision du coaching d’équipe, cette présentation représente une vraie nouvelle approche dans la profession).

 Etudes de cas et démonstrations

Elles présentaient également des approches très intéressantes, et nous avons retenu pour leur originalité :

– La présentation néerlandaise « ‘Going Dutch’ in coaching supervision : lessons from a flat country » (3) par Mieke VOOGD & Bas VAN OMMEREN &

– « I displayed all the competencies, and yet it felt wrong » – a case study of working beyond supervisory competencies (4) par (Natalia DE ESTEVAN- UBEDA), superviseure d’origine espagnole.

 Robin SHOHET est le présentateur-invité de la conférence : Son intervention est intitulée

« Self deception and self knowledge. How do they impact our work ? (5)

« (…Nos croyances fondamentales nous semblent tellement évidentes que nous ne les reconnaissons pas comme des croyances. Le pouvoir de la projection est si fort que nous n’envisageons pas le monde qui nous entoure comme un miroir (…)

L’interaction des participants au cours de cet atelier, confirme l’intérêt dans cesse renouvelé quant à ce thème.

L’éventail des intervenants était large : Superviseurs, Coachs, Educateurs, Chercheurs en Supervision et Coaching.

Les rencontres et contacts que nous avons eus avec les participants ont été chaleureux très conviviaux.

En tant qu’adhérent de PSF, vous avez tout le temps de vous y préparer. Nous espérons voir de plus en plus de consœurs et confrères superviseurs PSF nous rejoindre pour la prochaine édition de cet événement.

Conférence internationale sur la supervision de coachs : quelle périodicité dans le futur ?

– des conférences annuelles ne laissant pas forcément le temps de se préparer suffisamment pour proposer des thèmes riches et intéressants, qui garantiraient une fréquentation plus assidue à la Conférence internationale de supervision de coachs à Oxford Brooks ?

– de nouvelles initiatives se développant dans la profession et hors du Royaume-Uni, pour proposer ce type d’événement sur la supervision de coachs ?

Les raisons sont nombreuses et peuvent être différentes de celles que nous suggérons ici, en tout cas, Tatiana BACHKIROVA nous informe à la fin de la conférence que cette dernière cesse d’être annuelle.

Avec sa 8 ème édition en 2019, la conférence Internationale sur la Supervision des coachs devient bisannuelle (tous les deux ans) avec un colloque sur la supervision de coachs dont 1 ère édition est prévue les 11 & 12 mai 2018 et qui elle aussi sera bisannuelle.

Tatiana BACHKIROVA n’a pas dit son dernier mot… « C’est devenu un événement majeur pour les superviseurs des coachs et nous sommes toujours déterminés à l’accueillir. Cependant, étant des innovateurs dans ce domaine, nous avons décidé que le moment est venu d’améliorer cet événement en créant une opportunité différente en plus de l’offre actuelle ».

Les 3 thèmes retenus pour ce colloque à venir et connus à ce jour ont pour ambition d’aborder 3 fonctions principales de la supervision à savoir :

– Les risques juridiques et éthiques dans le travail de supervision

– Les enjeux du pouvoir dans le développement des coachs

– Le travail émotionnel dans la supervision des coachs

L’ambition de l’équipe organisatrice est de faire explorer par les participants, des thèmes spécifiques de supervision, en petits groupes avec la participation de tous. L’objectif poursuivi est d’aborder en profondeur les problèmes auxquels sont confrontés les superviseurs de coachs de manière récurrente dans leur pratique quotidienne et tenter de faire émerger des réponses ainsi que des bonnes pratiques.

Le format envisagé pour le colloque, donnera toujours la parole à deux conférenciers principaux.


(1) « Le Coach : directif, maïeuticien, addictif ou encourageant l’autonomisation ? »

(2) « Comment les superviseurs peuvent s’appuyer sur la richesse des champs dynamiques »

(3) « A la Hollandaise, la supervision de coaching : lessons d’un plat pays »

(4) « J’ai affiché toutes les compétences, et pourtant cela s’est avéré insuffisant – une étude de cas de travail

au- delà des compétences de supervision »

(5) « Manque de lucidité et connaissance de soi » quels impacts dans nos métiers ?


Article rédigé par Jeanne-Elvire ADOTEVI – PSF – Novembre 2017

LES COMPÉTENCES SPÉCIFIQUES DU SUPERVISEUR

Voici ci-dessous le résultat du travail de la « commission des compétences spécifiques du superviseur », qui s’est réunie pendant plus d’un an. Nous souhaitions déterminer des compétences spécifiques à la supervision qui puissent être communes aux différents superviseurs de coachs, de managers, des personnels hospitaliers, travailleurs sociaux et thérapeutes. Bien sûr, nous avions conscience que chaque type de supervision a des compétences complémentaires, voire absolument exclusives :

Ainsi, si le superviseur de coachs doit avoir conscience des éléments transférentiels, il n’en est pas pour autant nécessairement expert comme doit l’être un psychothérapeute.

 

Nous avons confronté et enrichi notre travail d’ateliers tenus lors de notre AG 2016, d’avis de tiers et des regards croisés de superviseurs d’autres disciplines lors de l’atelier de juin mené par Martine Volle et René-Louis Hadjaj. Il a tenu le choc de leur attention scrupuleuse. Ce travail fut finalisé par Monique Jansen, Jeanne-Elvire et Arnaud Constancias. Le voici donc ci-dessous. Nous l’avons voulu suffisamment détaillé pour refléter la réalité de notre métier et en même temps synthétique pour rester opérationnel et impactant.
Les compétences spécifiques du superviseur

 

 

Expertise et connaissances :

Développer pour lui-même et les praticiens qu’il accompagne une très bonne connaissance dans les trois domaines :

intrapsychique, interpersonnel et systémique.

Développer une connaissance la plus large possible des référentiels, outils et méthodes d’accompagnement existants et émergents.

Intégrer des modèles théoriques différents et faire le lien avec sa pratique.

Etre habile dans l’accompagnement rationnel, émotionnel et symbolique en disposant d’outils et de méthodes idoines.

 

Conscience et réflexivité :

Développer la conscience des processus parallèles, transferts et contre transferts chez le praticien et lors de la séance de supervision.

Valoriser l’importance du cadre dans la relation superviseur/supervisé et coach/coaché et de ce qui se joue autour de ce cadre : rapport à l’autorité, aux limites, aux permissions, protections…

Explorer la zone d’ombre du supervisé avec son accord : le superviseur dispose des connaissances et des savoir-faire nécessaires pour souligner les effets que peut avoir la zone d’ombre du supervisé, à son insu, sur l’accompagnement de ses clients.

Clarifier les contours du coaching, de la thérapie, de la formation et du conseil.

Réflexivité :  permettre au coach de développer sa capacité à analyser ses interventions, ses pensées et ses propres émotions pendant et après une séance de coaching.

 

Ambiguïté et incertitude :

Développer chez le coach la capacité à accepter des situations de tension et de confusion pendant le coaching sans rechercher un apaisement immédiat ou des solutions rapides.

Etre ouvert à de multiples compréhensions, éviter le piège des oppositions (« et » plutôt que « ou »).

Savoir naviguer dans l’implicite et l’ambiguïté, agir avec le doute et l’incertitude.

 

Déontologie et éthique :

Développer la connaissance des règles déontologiques du métier ainsi qu’une détection plus fine des dilemmes éthiques entre les valeurs personnelles et les règles professionnelles et contractuelle. Conduire un discernement éthique.

 

Développement professionnel et personnel :

Formaliser la relation dans un contrat de développement spécifique de la supervision en lien avec les besoins évolutifs et la maturité du praticien.

Favoriser un développement professionnel continu sous forme de lectures, formations, implication dans des communautés

professionnelles, publications, contribution à la recherche.

Favoriser un développement personnel continu sous forme de thérapie, philosophie, développement personnel et connaissance de soi.

Affiner la connaissance des formations du marché pour le développement des coachs, ainsi que de l’actualité du coaching et de la supervision.

 

Identité et hygiène :

Contribuer à la clarification progressive de l’identité du coach ou du praticien.

Prendre en compte l’hygiène du coach ainsi que les conditions matérielles d’exercice de sa pratique.

 

Curiosité et culture :

Etre à l’affût des découvertes des neurosciences, des modèles sociétaux aux et des évolutions du travail et des organisations

Développer ses compétences en matière de créativité afin d’accompagner le praticien dans l’élaboration de solutions inédites.

Favoriser une sensibilité aux dimensions artistique et spirituelle, le goût de la lecture. Apporter des références bibliographiques.

 

Compréhension des systèmes :

Susciter chez le praticien la compréhension des systèmes : organigrammes, hiérarchies, cultures et valeurs d’entreprise, relations, enjeux et jeux de pouvoir, le leadership et ses évolutions, les différences générationnelles et la diversité.

Savoir travailler avec un système large à plusieurs dimensions, par exemple le client et son organisation, le supervisé et son client, le groupe de supervision.

 

 

 

Supervision de groupes :

Savoir gérer la dynamique collective et assurer le développement du groupe en étant conscient des étapes franchies successivement.Savoir identifier et nommer ce qui se passe dans le groupe et explorer l’impact sur le processus, sur les membres et sur les acteurs.Savoir utiliser des outils spécifiques à la supervision collective.

 

Version octobre 2017

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Ce référenciel vise à déterminer des compétences spécifiques à la supervision qui puissent être communes aux différents  superviseurs de coachs, de managers, des personnels hospitaliers, travailleurs sociaux et thérapeutes, en ayant conscience que chaque type de supervision a des compétences complémentaires, voire absolument exclusives :

ainsi le superviseur  de coachs doit avoir conscience des éléments transférentiels, il n’en est pas pour autant nécessairement expert comme doit l’être un psychothérapeute.

 

DIFFÉRENTES PRATIQUES DE SUPERVISEURS

images (4)« Croisons nos pratiques avec curiosité ! »

 

Différentes pratiques de superviseurs

 

PSF a eu le plaisir, ce 22 juin 2017, de recevoir des superviseurs de thérapeutes, de travailleurs sociaux, de managers et de coachs. Nous remercions vivement :

 

  • Nicolas Koreicho- Psychanalyste- Psychothérapeute
  • Yamina Nouri– Psychothérapeute et Art-thérapeute,
  • WadihChoueiri – Superviseur et enseignant en philosophie
  • Catherine Buat–coach et superviseur au sein d’institutions médicaux-sociales.
  • Isabelle Noleau – superviseur et coach qui travaille avec les chevaux.

Les échanges furent animés par Réné-DavidHadjadj et Martine Volle.

 

 

En supervision, Nicolas Koreichofait une distinction nette entre, « la personne »,« le supervisé »,le « Pourquoi veut-il être supervisé ? »,« les instances psychologies mêmes intimes, transférentielles et contre-transférentielles »et les « sous-cadres du supervisé »,pour que le supervisé ne mélange pas ses attendus psychiques avec des attendus plus vastes, y compris d’ordre sociologie. Il y a d’une part, une « relation précise transférentielle » et d’autre part « des cadres ».

Le regard sur le référentiel PSF des« compétences spécifiques du superviseur », fut une occasion de mettre en lumière des occurrences qui reviennent dans différents points de ce référentiel, sur « la dimension du flou,de l’incongru, de l’ombragé, de l’ombrageuse ». Toute cette dimension là est essentielle, y compris dans le cadre de l’entreprisepour dire : « Ce chef de service, c’est qui pour vous ? »- « C’est mon père,j’obéis à ce chef de service comme j’obéissais à mon père ».Pour Nicolas Koreicho, « Tout ce qui est gris, flou ou dans l’ombre, est l’élément le plus pertinent. C’est l’exploration de l’inconscient. »

 

WadihChoueiri souligne, pour faire écho,« qu’ensupervision d’analyste, il y a un analyste supervisé et le superviseur. C’est le rapport au « deux »,la qualité du lien qui est essentielle. Néanmoins, dans le coaching,  il y a aussi l’entreprise donc « le rapport au deux et au groupe », c’est le rapport au « trois » et plus, c’est de l’ordre du multiple ».Pour élargir « Nous pourrions parler aussi d’autres approches comme la gestalt-thérapie, les thérapies brèves ».

 

Yamina Nourisupervise des art-thérapeutesqui viennent avec leurs créations, peintures, modelages, danse ou autres. Les œuvres sont étalées de manière chronologique. Il ne s’agit pas de parler de l’anamnèseou d’interpréter. Il s’agit d’accueillir les résonances. Yamina Nourri parle de phénoménologie :« La supervisionpermet de voir ce qui est voilé, pour aller nous chercher dans cette parité sensible de nous-même. Le superviseur et supervisé vont évoluer ensemble, avec les œuvres et le questionnement. La supervision est un travail différent de la thérapie, un endroit où il y a une relation… presque amicale ».

 

Catherine Buat intervient dans le médico-social,soitavec des responsables de services,soitavec des managers pluri-professionnelsd’équipeselles-mêmes pluri-professionnelles, et dans des sites différents, pour proposer des lieux d’échangesur leurs pratiques managériales. Une de leur question récurrenteest : « Est-ce que je fais bien ? ».

Elle utilise l’analyse de la pratiquequi est un processus rigoureux et précis. Elle est la gardienne du déroulement et peut, à l’issue de la séance,fairedes apports didactiques. Elle constate que les « participants sont plus à l’aise pour « aider l’autre »que pour « demander de l’aide ». « Ce processus les fait grandir dans la relation. Chaque intervention est en intra avec des équipes qui ont le même ADN. C’estl’ensemble de l’équipe qui élabore une pensée y compris vis-à-vis de leur association. Ilsdeviennent tous experts de la solution de l’autre et en tirent un apprentissage plus personnel ».

 

« Isabelle Noleau travaille avec les chevaux en coaching et elle est formée à la supervision. Elle s’est donc posée la question d’utiliser son approche avec les chevaux en supervision. « Le cheval est un excellent médiateur car il nous met en contact avec toutes les parties de nous-mêmes et au-delà du mental. Par leur grande sensibilité, il vont nous révéler une part de nous-même ».

Cette supervision permet, lorsque la personne s’approche du cheval, de regarder comment la situation interrogée va se reproduire en présence du cheval, d’observer l’implicite, ce qui se passe dans la relation et pas uniquement d’observer l’intention,à partir de ce qui fait écho, et des résonances, de commencer à nommer ce qui devient conscient pour la personne supervisée. »

 

En conclusion :

Ces échangesont permisde mettre en évidence que, malgré les différences d’approches, il y a des points communs autour de cette écoute particulière qui cherche à dévoiler l’implicite, ce qui est encore dans le flou et dans l’ombre, pour le rendre accessible au supervisé.

Tous ont précisé qu’ils pouvaientfaire des apports didactiques ou bien des propositions à la personne supervisée, selon la situation rencontrée.

 

Le silence, l’écoute, « l’attention du superviseur crée un espace un peu mystérieux pour délier les liens qui aliènent », souligne WadihChoueiri,  grâce aux liens qui soutiennent et qui contiennent.

 

Rappelons-nous queles ambivalents, en supervision, permettent d’avancer et de rendre conscients des liens visibles et invisibles pournous mettre en capacité de les assumer.

 

Synthèse par Martine Volle,octobre 2017.

 

DIALOGUE DU 22 JUIN 2017

images (11) « Croisons nos pratiques avec curiosité ! »

 

Dialogue autour du référentiel PSF
« des compétences spécifiques du superviseur »

 

 
Se prenant au jeu de la critique bienveillante et du questionnement, Nicolas Koreicho, psychanalyste et psychothérapeute et Arnaud Constancias, président PSF, nous ont offert, lors de la table ronde du 22 juin 2017, un échange constructif autour du référentiel PSF

 
« Les compétences spécifiques du superviseur1 » :

 
– Nicolas Koreicho : Créer un référentiel est ambitieux. C’est une bonne idée pour les superviseurs en formation, débutants ou seniors voulant revisiter leurs fondamentaux. J’ai voulu voir si ce référentiel pouvait correspondre à des superviseurs d’autres pratiques que le coaching, ce que recouvraient les concepts. Dans le point « Expertise et connaissances2», j’ai traduit « l’Intra-psychique » comme une expertise « métapsychique », issue de la métapsychologie et de la psychanalyse, c’est bien cela ?

 
– Arnaud Constancias : oui, on attend du coach professionnel de la compréhension des mécanismes qui nous meuvent (systèmes de défense, etc.).

 
– Nicolas Koreicho : … et sommes-nous d’accord que « l’interpersonnel », c’est avoir une congruence personnelle, savoir créer une relation de qualité ?

 
– Arnaud Constancias: oui comme savoir bien échanger avec une personne et aussi avoir la compréhension de ce qui se joue entre elles.
Pour l’expertise systémique, c’est la compréhension des systèmes car il y a du monde dans la supervision : le coach, son client l’entreprise, les ancêtres… Il s’agit que le coach soit dans la conscience des reflets en cascade possibles (entre autres).

 
– Nicolas Koreicho : Donc vous ne sépareriez pas, la personne, la relation, la personne supervisée, avec des entités plus vastes (les « systèmes » sont appelés les « cadres » en psychanalyse) ?

 
– Arnaud Constancias : La relation première c’est le contrat de développement du coach. Il y a beaucoup d’objectifs : croiser sa pratique, savoir si « je fais bien » pour les jeunes coachs, être rassuré sur son diagnostic, accéder aux angles morts. Le contrat de développement, c’est ; comment le coach forge son identité de coach, ses spécificités, et même parfois grandir dans un milieu économique donné.

 
– Nicolas Koreicho : Il me semble qu’il est pertinent de faire une distinction nette entre :

 

  • la personne et le supervisé,
  • le « Pourquoi doit-il être supervisé ? »,
  • les instances psychologiques mêmes intimes, transférentielles et contre transférentielles,
  • et les « sous-cadres » du supervisé, pour que le supervisé ne mélange pas ses attendus psychiques avec des attendus plus vastes, y compris d’ordre sociologiques. Il y a d’une part une relation précise transférentielle et d’autre part des cadres.

 

– Arnaud Constancias : Comme les coachs, le superviseur pose des contrats de développement, c’est à ce moment là que l’on favorise ces séparations.

 
– Nicolas Koreicho : Il y a un autre point à souligner dans votre référentiel « Conscience et réflexivité3 » Vous précisez que la zone d’ombre doit être explorée avec l’accord du supervisé. J’aurais tendance à considérer que la zone d’ombre doit être au premier plan, que le coach soit d’accord ou pas, car, ce qui vient amoindrir la relation, c’est le flou, la zone d’ombre ou le processus parallèle. Je traduis cela par l’expression de l’angoisse. Tout ce qui est gris, flou ou dans l’ombre, est au contraire l’élément le plus pertinent. C’est l’exploration de l’inconscient qui introduit de la souplesse dans les problématiques rencontrées.

 

Retranscription : Martine Volle-PSF-2017

1 Les thèmes du référentiel PSF : « Expertise et Connaissance », « Conscience et réflexivité », « Ambiguïté et incertitude », « Déontologie et Ethique », « Développement professionnel et personnel », « Identité et Hygiène », « Curiosité et Culture », « Compréhension des systèmes », « Supervision de groupe ».
2 « Expertise et connaissances » – compétence associée :

 

– développer pour lui-même et les praticiens qu’il accompagne une forte expertise dans les trois domaines : intra psychique, interpersonnel et systémique.

 

 

3 « Conscience et réflexivité » – compétences associées :
– développer la conscience des processus parallèles, transferts et contre transferts, chez le praticien et lors de la séance de supervision.

 

– explorer la zone d’ombre du supervisé avec son accord.

EDITO NEWSLETTER NOVEMBRE 2017

003-Arnaud-CArnaud Constancias, Président de PSF

 
Chers amis superviseurs et superviseuses,

 

 

Oui, il y a désormais d’autres associations de coachings qui s’occupent de supervision, mais seulement en deuxième intention, principalement EMCC et ICF.

Il est essentiel qu’existe en France une association qui se consacre exclusivement à la supervision, celle des coachs et aussi à celle des autres métiers de l’accompagnement.

L’ANSE, Association of National Organisations for Supervision in Europe ne s’y est pas trompée et nous reconnaît désormais comme leur interlocuteur légitime pour la supervision en France. Cette victoire est due aux efforts de de Jeanne-Elvire Adotevi, notre VP International que je remercie ici.

Nous allons intensifier notre relation avec cet organisme de référence au niveau européen et planifions d’organiser ensemble une journée complète d’ateliers et d’échanges sur la supervisionà Paris le 22 mars PSF et ANSE. Tous à vos agendas (please, save the date !)

Nous continuons donc notre action en France et en Europe pour promouvoir ce beau métier de superviseur. Dans la même optique, nous avons enfin achevé la rédaction de notre référentiel de compétences du superviseur.

Il a fallu du temps pour l’élaborer et près d’une dizaine d’entre vous s’y sont impliqués lors de réunions riches et nombreuses. Une fois achevé, nous l’avons confronté aux regards croisés de superviseurs psychothérapeutes, superviseurs de travailleurs sociaux et d’autres encore lors de l’atelier de juin qu’ont mené Martine Volle et René-David Hadjad et dont Martine fait un rapport dans son article ci-dessous. On peut donc le considérer validé et vous le trouverez donc détaillé dans cette NL. C’est un des grands chantiers que nous nous devions de mener qui aboutit aujourd’hui.

Le PEP’S que nous désirions tous, groupe d’échange de pratiques de superviseurs, est enfin lancé, avec Stéphanie Féliculis et Jean-Luc Ewald à la manœuvre et les premières réunions ont eu lieu depuis la précédente NL. C’est un beau service que notre association rend aux superviseurs et j’espère que vous serez nombreux à en profiter.

Un groupe de réflexion mené par Gilles Dufour, notre ancien président, a réuni quelques membres d’honneur et a proposé quelques pistes d’orientation pour notre action à moyen terme. Nous aurons l’occasion d’en reparler, notamment à l’AG du 30 novembre. Il y a aussi un grand enjeu de trouver d’autres bras que ceux des quatre membres actuels du bureau pour accomplir nos missions. Le comité n’a pas fourni d’idées concrète sur ce sujet sensible. Il appartient donc à chacun d’entre nous de se mobiliser pour mettre en place un conseil d’administration étoffé et assurer la relève des énergies que nous mettons bénévolement au service de notre association.

Nous continuons notre mission sur tous les fronts et serons heureux de vous en rendre compte le 30 novembre. Nous évoquerons aussi nos projets pour 2018. Venez nombreux !

Bonne lecture !